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Samouraïs, guerriers et esthètes. Compte-rendu de l’exposition à la Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg, du 11 mars 2022 au 13 juillet 2022

Par Noah Hinschberger, doctorant à l’université de Starsbourg/Groupe d’études orientales, slaves et néo-helléniques (GEO)

              Après une exposition sur Mishima et le Pavillon d’Or en 2018, la Bibliothèque Nationale Universitaire de Strasbourg (BNU) s’associe une nouvelle fois avec le département d’études japonaises de l’Université de Strasbourg pour mettre en place, après de nombreux reports liés à la crise sanitaire, l’exposition « Samouraïs, guerriers et esthètes » du 11 mars au 13 juillet 2022. Celle-ci met à l’honneur la collection privée de M. Patrick Lieberman, en collaboration avec la BNU et le haut patronage du Consulat du Japon.

Le commissariat de l’exposition a été assuré par Patrick Lieberman, collectionneur, Emmanuel Marine, conservateur à la BNU, et Delphine Mulard, enseignante-chercheuse au département d’études japonaises de l’Université de Strasbourg, assistés par Agathe Jacquemin, étudiante dans ce même département.

              L’exposition est centrée autour de la collection de 125 gardes de sabre (ou tsuba 鍔) de M. Lieberman, accompagnée par divers objets d’art liés aux guerriers japonais tels que des pièces d’armures, des masques, ou des estampes représentant des batailles célèbres. Si les tsuba sont un don de M. Lieberman à la BNU, les œuvres qui complètent l’exposition proviennent des collections de musées de la région Grand Est ; le Cabinet des estampes et des dessins et le Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg, la Bibliothèque humaniste de Sélestat, le Musée Saint-Rémi de Reims, le Musée des beaux-arts de Nancy, et le Musée Unterliden de Colmar, mais également le Centre européen d’études japonaises d’Alsace et la Bibliothèque nationale France.

Ces nombreux prêts donnent lieu à une exposition riche qui met en relation gardes de sabre et objets d’arts décoratifs. Le propos est avant tout de mettre en avant la diversité des gardes de sabre, objets aussi fonctionnels qu’artistiques, et de replacer celles-ci dans un contexte culturel et artistique, face à l’image monolithique du Japon et de ses guerriers qui subsiste dans l’imaginaire occidental. L’initiative, lancée par la promesse de don de la collection de tsuba de M. Lieberman à la BNU,  contribue également à soutenir l’Université et à faire vivre la recherche en histoire des arts par la présentation de ces collections patrimoniales.

              En entrant dans la salle d’exposition, le visiteur est immédiatement accueilli par deux imposantes armures, et un début de parcours consacré à présenter la figure du guerrier et les mythes qui l’entourent. On y retrouve, en plus des pièces d’armure et des sabres, des estampes de scènes marquantes du Dit des Heike ou des 47 rônin, et d’autres montrant des acteurs de kabuki dans des rôles de guerriers. Dans un coin de la salle, un petit écran diffuse également en boucle de courts documentaires sur le sabre et la fabrication des tsuba (Le katana, sabre de samouraï, John Wate, Arte, 2005, et How is it made? Tsuba (sword guard), Victoria and Albert Museum, 2017) ainsi qu’un extrait du film Après la pluie (Ame Agaru 雨上がる) de Koizumi Takashi (1999) dans lequel deux personnages admirent et commentent la qualité d’un sabre.

Cette introduction faite, le visiteur se voit présenter la collection de gardes de sabre groupées par thème de motif à travers le parcours de l’exposition. La diversité des motifs qui ornent les tsuba pousse l’exposition à se diviser en de nombreuses sections. Le parcours fait découvrir les unes après les autres des tsuba décorées de motifs marins, de paysages emblématiques du Japon, de kami et personnages mythiques, ou encore de faune et de flore, existantes ou fantastiques. Il ne néglige pas non plus des thèmes moins généraux comme les tsuba représentant des armes ou équipement (casques, flèches, etc.), des références poétiques ou littéraires, ou ceux aux motifs de nuages, flocons de neige et autres phénomènes météorologiques, qui ont chacun leur section. Face à l’immense variété des tsuba et de leurs motifs, l’on observe une volonté de se montrer, autant que possible, exhaustif dans la présentation des pièces de cette collection.

Les gardes de sabre, objets de petite taille, sont exposées par groupe de cinq à dix par section aux côtés d’objets d’art décoratif ; vaisselle, pointes de flèches, coupes à saké, ou encore nécessaires de calligraphie apportent un contexte culturel additionnel et rappellent la proximité entre les guerriers et les arts. Les panneaux explicatifs associés donnent au visiteur des précisions sur la vie ou l’art de l’époque, en lien avec chaque motif. Pourquoi forger des gardes de sabre avec des motifs marins ? Quel est le lien entre les arts de la scène représentés dans les estampes et les guerriers ? Quand leur motif s’y prête, certaines tsuba sont également mises en valeur par un jeu de miroir qui permet d’en voir les deux faces.

La visite se termine de manière plutôt abrupte par la dernière section dédiée aux motifs floraux. L’exposition, assez courte, est néanmoins bien rythmée par sa découpe thématique et les textes explicatifs qui accompagnent chaque section. Il est également intéressant de noter l’attention portée au jeune public, à travers les tables d’activités situées le long du parcours, qui attirent leur curiosité sur certains des objets exposés à travers des puzzles, coloriages et quiz interactifs.

              Une programmation organisée par la BNU, destinée à démystifier l’image du guerrier et de son code moral, le « bushidô », accompagne l’exposition sur toute sa durée. Celle-ci inclut des journées d’études et conférences universitaires, mais également des ateliers grand public, représentations musicales et projections de films de Kurosawa Akira.

Inaugurée en même temps que le lancement de la programmation culturelle « Mois du Japon » par le Service des bibliothèques et le département d’études japonaises de l’Université de Strasbourg, nous espérons que cette exposition à la collection exceptionnelle dans la région aura su attirer l’attention du grand public et lui aura fait découvrir des aspects moins connus des arts décoratifs japonais.

Lien vers le catalogue de l’exposition


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Sfej (28 janvier 2023). Samouraïs, guerriers et esthètes. Compte-rendu de l’exposition à la Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg, du 11 mars 2022 au 13 juillet 2022. Japon(s). Consulté le 10 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/u1mf


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